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Apprendre à dessiner un manga

Dessiner un manga  

Comment est qu’on rassemble quelques idées vagues de gribouillis sur un bout de papier en un vrai volume relié de manga ? Passer le pas entre un dessinateur du dimanche à l’ édition d’un livre en vrai de vrai ?

Au-delà des détails et des démarches pour contacter un éditeur qui a pignon sur rue, ou de comment imprimer ses propres bouquins, on va se focaliser sur la démarche créative pour transformer quelques idées en l’air en un vrai projet ! Par où commencer, quelles sont les premières choses auxquelles on doit réfléchir ? On va se rapporter à La formule de base tout d’ abord. Décider qui sont les personnages, dans quel monde ils évoluent, dans le cadre de quelle histoire et quel est le but que le manga veut atteindre. Une bonne vue d’ ensemble est ensuite nécessaire pour articuler les différents mouvements de son projet, c’est le planning global du scénario.

L’ exécution du manga en elle même est intéressante mais est tellement personnelle et spécifique que je parlerai simplement de comment passer d’ une intention d’ écriture à la mise en page.

Partons pour faire simple d’un exemple qui m’est proche le one shot Altima Breaker que j’ai créé avec mon acolyte Euyevair.

C’est une espèce de shonen plantée sur une île flottante, loin du regard vigilant des dieux qui cherchent à confisquer les désirs des hommes. Les survivants ont donc cristallisé ces derniers désirs en Altima, sorte de cristal purs gorgés de magies.

Un manga c’est avant tout des personnages. La première chose à faire est de gratter la feuille pour trouver les héros qui porteront l’ histoire. Si on s’y attache suffisamment, il suffira ensuite de les jeter dans des situations excitantes,  et le manga se déroulera de lui-même dans l’imagination du dessinateur. Un garçon, une fille, Hylia, Hélios, deux héros et deux philosophies de vie contraire. C’est un bon point de départ pour bâtir une intrigue bien léchée.

Ces deux personnages qui sont des amis d’ enfance seront donc séparés dès l’ introduction et feront route chacun de leur côté avant de se retrouver pour un ultime combat. Combat fatidique entre le représentant des désirs et le représentant de la volonté humaine, confrontation entre deux choix ce qui constitue donc… un thème du manga assez poignant pour captiver le lecteur.Les désirs sont manipulables et peuvent nous enchaîner, la volonté nous élève au-dessus de l’animalité et nous libère. On peut schématiquement résumer la tension qui se dessine entre les deux camps de l’ histoire.

Une narration classique s’ appuie sur quatre mouvements: l’ exposition, le développement, un twist et une résolution. C’est la formule éprouvée depuis des millénaires qui permet de faire monter la sauce dans le cœur du lecteur.

Cette structure se réplique à différentes échelles, sur le scénario tout entier, mais aussi au niveau de chaque chapitre.

J’ai précisément  planifié quatre parties à ce one shot chacune embrassant la logique que j’ai exposée : l’introduction permet de caractériser l’univers dans lequel Hylia et Hélios évoluent, il faut piquer la curiosité du lecteur, présenter les protagonistes et les mécaniques de la magie dans ce monde. Deux camps sont exposés, un drame va pousser hylia à vivre parmi les nobles et hélios parmi les esclaves. La partie deux développe la montée en puissance de hylia et son escalade fulgurante dans la hiérarchie dix ans plus tard. Une vengeance sourde se manigance dans l’ombre. La troisième décrit comment Hélios qui a mis la main sur un artefact lui permet enfin de faire pencher le rapport de force en sa faveur. Un boss représentant un désir cardinal va se dresser face à sa volonté de fer ! Coup de théâtre final, Hylia qui s’est fondue dans le système représente elle, le désir d’ honneur et s’oppose à Hélios pour l’empêcher de faire tomber l’ ordre même qui maintient l’ île dans les airs. Une résolution heureuse évidemment est à la clé c’est pas le moment de miner l e moral du lecteur avant que tout le monde ne se retourne contre le vrai méchant de l’histoire le boss final…

Allez, c’est le moment de se retrousser les manches, de transformer ces petites idées en vrai dessin ! Mais dans quel ordre placer ses traits…faut il commencer à la page une ? Le crayon tremble assurément, il faut juste un peu de méthode.

J’aime à considérer les pages du manga comme un compositeur de musique qui regarde les barres de  mesure de sa partition. Il existe un temps fort, un ‘beat’ qui décide où on place son dessin le plus fort sur la page. Trop charger sa page fatigue le lecteur et son regard n’arrive pas à circuler de haut en bas. Un rythme bien marqué l’ aide à mouvoir son regard entre les lignes et suivre le fil narratif. Schématiquement j’aime bien placer une seule image forte par page. Si celle ci est au début, c’est pour préparer une révélation que je fais courir tout le long, si elle se place à la fin c’est pour inciter le lecteur à tourner la page, si elle est au centre, je demande au lecteur de prendre le temps d’ apprécier ce moment, si il n’y en a pas sur toute la page, son regard peut se balader paisiblement.